Au début du XVIIe siècle, la France, l'Angleterre et la Hollande découvrent tout le potentiel du commerce des peaux de castor en terre canadienne. Aussi ces puissances rivalisent ferme pour s'en attribuer le monopole. Pour négocier un droit de passage sur les territoires de chasse amérindiens, les stratégies diffèrent. Anglais et Hollandais cherchent à attirer les chasseurs aux postes de traite qu'ils ont établis alors que les Français choisissent d'aller à la rencontre des Amérindiens : pour gagner leur confiance et les inciter au commerce, ils apprennent leurs langues, partagent leurs coutumes et ils tentent même de les évangéliser.
C'est dans cet esprit qu'en 1608 Samuel de Champlain quitte le golfe du Saint-Laurent pour venir fonder Québec, un premier poste en amont du fleuve. Cette entreprise audacieuse est d'abord affaire de diplomatie. Les voisins immédiats sont des nations algonquiennes nomades avec lesquelles les Français doivent conclure une alliance et faire front contre leurs adversaires au sud, les Iroquois, eux-mêmes sous l'influence des Hollandais.
Lorsque Jean Nicollet débarque devant Québec en 1618 avec quelques agriculteurs, quatre missionnaires récollets et deux ou trois commis-interprètes comme lui, la petite colonie marchande de 30 pionniers a grand besoin de ses services. Un mois à peine après son arrivée, il reçoit la mission d'établir un camp de base à l'Île-aux-Allumettes, haut lieu de la famille algonquienne où transitent tous les convois de fourrures de l'Outaouais. Il importe d'intercepter ces convois pour les acheminer vers Québec. Cette prise de contrôle par les Français dépend des liens d'amitié qu'ils sauront nouer : à cette fin, Nicollet séjourne sur l'île, seul, pendant deux ans.
Pour l'universitaire parisien de 20 ans, c'est un choc culturel, une incroyable épreuve physique et morale. Dans ses " relations ", le père Vimont, un confident jésuite de Nicollet, relate les longues excursions de chasse et la tournée des trappes par froids mordants, loin des huttes, les nuits glaciales à la belle étoile enveloppé de fourrures, la viande de gibier mangée crue, les fréquents voyages en canot et les portages épuisants, le charroi des lourdes peaux en raquettes, la solitude, la méfiance des Amérindiens qu'il faut constamment convaincre, leur regard pénétrant sur l'interprète, évaluant son endurance physique, sa débrouillardise, sa patience, toutes valeurs et habiletés qu'ils respectent avant tout et que Jean Nicollet s'efforce d'adopter. Son adaptation, du reste, est si rapide qu'il gagne l'estime des Algonquiens, et ceux-ci lui confient même la négociation d'un traité de paix avec les Iroquois.
Dès son retour à Québec, Nicollet repart élargir le territoire de chasse français. Il se rend à 200 km au nord-ouest de l'Ile-aux-Allumettes, chez les Nipissings, parmi lesquels il réside neuf ans. Des rives du lac Nipissing, il évacue vers Québec jusqu'à 30 000 peaux à chaque dégel, après avoir transigé avec diverses tribus de la région. Au moyen de ces contacts, il recueille de précieux renseignements sur la géographie et sur les moeurs des peuples de l'intérieur. En outre, il part en reconnaissance dans la région des Grands Lacs et dans la baie Géorgienne, sur la rive nord du lac Huron, où il côtoie des tribus sédentaires dont il imite la culture de céréales, de " blé d'Inde " et de haricots. Par son souci de l'intégration et sa parfaite connaissance des modes de vie amérindiens, Nicollet préfigure les légendaires coureurs de bois.
En 1633, Champlain nomme Nicollet au siège de la nouvelle Compagnie des Cent-Associés, mais il le prie d'entreprendre une dernière expédition pacificatrice en région lointaine : les Winnibagos de la baie Green, sur la rive ouest du lac Michigan, sont en froid avec les tribus algonquiennes et menacent de s'allier aux Hollandais. Sur place, Nicollet entend aussi vérifier les indications de certains autochtones concernant de " grandes eaux ", qu'il croit être la mer de Chine, pays de métaux précieux et d'épices rares.
Convaincu d'être aux portes de la Chine, Nicollet revêt une extravagante tunique de mandarin pour se présenter devant les Winnibagos : elle produit un effet magique sur eux et sur toutes les tribus voisines qui, sous le charme, signent un traité de paix avec la France. Plusieurs mois plus tard, en poursuivant une route chimérique vers la Chine, Nicollet devient le premier Blanc à pénétrer le Nord-Ouest du continent. Ces dernières explorations passeront à la postérité, mais elles n'auront pas été ses seuls exploits.
Grâce aux récits d'explorateurs et de missionnaires et aux chroniques de Nouvelle-France, les Européens ont découvert la société autochtone, son esprit d'indépendance, ses rapports d'égalité et sa solidarité. Par son extraordinaire sens du contact, Nicollet a su respecter ces valeurs et en témoigner. En explorant ce nouveau pays, il a découvert une nouvelle façon de vivre.












