" Notre gouverneur général contrôlé, non par nous, mais par une assemblée élue... C'est une idée canadienne. "
Toute personne, femme ou homme, peut accomplir de grandes choses lorsqu'elle rompt avec la tradition. L'histoire montre que les pays doivent, eux aussi, élargir leurs horizons.
La lutte pour l'autonomie politique au Canada est riche de récits passionnants mettant en vedette Louis-Joseph Papineau, William Lyon Mackenzie et plusieurs patriotes et martyrs de l'insurrection de 1837. Elle témoigne également des efforts moins spectaculaires d'autres acteurs qui, désirant un changement politique pacifique, ont contribué à l'avènement d'un gouvernement responsable au Canada.
Reportons-nous à l'aube du XIXe siècle, à l'époque où les colonies britanniques de l'Amérique du Nord sont dominées par des groupes étroitement liés d'hommes d'affaires puissants et de riches propriétaires terriens. Appelés Pacte de famille dans le Haut-Canada (maintenant l'Ontario), clique du Château dans le Bas-Canada (devenu le Québec) et Conseil des douze en Nouvelle-Écosse, ces groupes influents ont la faveur des gouverneurs coloniaux, c'est-à-dire des représentants de la Couronne. Ces derniers nomment ces citoyens puissants à leurs conseils exécutifs, les cabinets qui gouvernent chaque colonie.
S'opposant à ces élites dirigeantes et au système qui les maintient au pouvoir, un nombre croissant de citoyens mécontents prône une représentation élue et efficace au sein des gouvernements. La colère couve dans le Bas et le Haut-Canada et donne lieu aux soulèvements de 1837.
Une fois ces rébellions totalement réprimées, le gouvernement britannique envoie au Canada lord Durham pour qu'il enquête sur leurs causes. Les Réformistes lui soumettent le concept d'un " gouvernement responsable " qui accorderait le pouvoir législatif à des assemblées élues. Craignant un autre soulèvement populaire et les visées expansionnistes de la république située au sud, Durham juge qu'il serait prudent de donner suite à certaines des revendications afin que les colonies demeurent britanniques. Il recommande donc, dans son rapport, une forme de gouvernement responsable. Cette idée est toutefois rejetée par le gouvernement britannique qui n'est pas prêt à laisser ses colonies se diriger vers la démocratie.
Les Réformistes n'abandonnent pas. Joseph Howe et d'autres font campagne en faveur d'un gouvernement responsable en Nouvelle-Écosse, tandis que Louis-Hippolyte LaFontaine et Robert Baldwin mènent les Réformistes dans la province du Canada nouvellement formée (le Haut et le Bas-Canada réunis). En 1849, leur assemblée réformiste adopte une loi recommandant l'indemnisation des personnes ayant subi des dommages durant les troubles de 1837. Le Conseil exécutif s'oppose avec acharnement à cette loi, et le gouverneur général, lord Elgin, doit décider s'il va se prononcer en faveur de l'establishment puissant ou accéder aux voeux des représentants élus.
En signant le Bill des pertes de la rébellion, lord Elgin entérine la notion de gouvernement responsable. Enfin, la législation gouvernementale relève de la majorité d'une assemblée élue. Bien que le suffrage soit encore loin d'être universel, cet événement marque une étape majeure dans le cheminement du Canada vers la démocratie.












