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Emily Carr

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Résumé

" Voilà qui dépasse la simple réalité : c'est l'esprit omniprésent, l'ambiance, l'immensité, la nature à l'état sauvage, le souffle de l'Ouest qui vous envoie à tous les diables, le sentiment d'espace incommensurable qu'il impose. Ô l'Ouest ! tout mon être en est pétri et je le vénère ! "

Dans ses mémoires, Emily Carr se définit comme une personne " à contre-courant dès le départ ". Petite fille rétive et adolescente rebelle, elle méprise très jeune les idées préconçues de la société " victorienne " dite respectable de la ville de Victoria, en Colombie-Britannique. Sa vie entière, elle fera fi des convenances de l'époque et sera considérée comme une excentrique.

L'individualité d'Emily Carr, son tempérament fougueux et indépendant seront les fondements mêmes de ses superbes toiles, lesquelles attestent le long cheminement qu'a suivi l'artiste pour se connaître elle-même. Son art évoque l'ambiance, le mystère et l'âme de la côte ouest. Bien qu'elle ait voyagé et étudié à l'étranger, c'est sa terre natale qui inspire les deux grands thèmes de son oeuvre : la culture autochtone de la côte du Pacifique et la puissance de la nature qu'elle rend par des scènes de forêts gorgées de pluie et par des paysages côtiers.

Dans les années 1870, Victoria n'est pas un milieu enrichissant pour les artistes. Si l'on permet à Emily Carr de suivre des leçons de dessin et d'aquarelle, c'est que la peinture fait partie de l'éducation des jeunes filles de la classe moyenne ; si elle constitue un passe-temps agréable, elle n'est pas jugée une activité professionnelle sérieuse. Néanmoins, en 1890, avec la permission de son tuteur, Carr s'inscrit à la California School of Design. Quatre autres années d'études à Londres lui permettent d'acquérir de nouvelles techniques et de perfectionner son art, sans faire jaillir toutefois l'étincelle qui déclenchera sa passion.

C'est seulement à son retour à Victoria qu'Emily Carr trouve sa véritable inspiration. Munie de sa boîte de couleurs et de son chevalet, elle part à la découverte d'établissements côtiers éloignés, accessibles uniquement par bateau. L'intensité artistique des anciens totems la touche profondément. Elle se sent en communion de sentiments avec les autochtones : mis à l'écart de la société dominante, ils lui rappellent son propre isolement. Les Amérindiens lui font bon accueil et l'invitent à partager leurs demeures et leur mode de vie. Au cours d'une visite au petit village d'Ucluelet sur la côte ouest de l'île de Vancouver, Emily Carr reçoit le nom de Klee Wyck (Celle-qui-rit).

En 1910, réunissant ses économies, elle se rend à Paris, à la recherche du " nouvel art " des postimpressionnistes. Elle y découvre des tableaux " brillants, sensuels, aux lignes pures " dont le style est empreint d'émotion et de mouvement. De retour au Canada, l'artiste ouvre un atelier à Vancouver où elle expose les oeuvres qu'elle a exécutées en Europe, mais ne trouve ni appui moral, ni élèves, ni acheteurs pour ses toiles. Abattue, elle rentre à Victoria où elle s'adonne à l'écriture durant les 15 années suivantes. Comme gagne-pain, elle loue des chambres et élève des chiens.

En 1927 un événement décisif se produit dans la vie d'Emily Carr : elle est invitée à se rendre à Ottawa pour participer à une exposition consacrée à l'art amérindien de l'Ouest. Elle a 56 ans lorsqu'elle entreprend son voyage dans l'Est au cours duquel elle lie connaissance avec les peintres canadiens qui forment le Groupe des sept.

" Leurs toiles parlent directement à mon âme ", écrira-t-elle par la suite. " Grandeur et courage animent ces artistes. Je sais qu'ils élaborent un art digne de notre magnifique pays et je veux apporter ma pierre à l'édifice, faire une marque modeste pour l'Ouest, faire ma part en tant que femme. "

Avec une ardeur renouvelée et confortée dans sa conception de l'art, Carr reprend le pinceau et peint des paysages forestiers dans lesquels elle oppose la pénombre grandiose des sous-bois sauvages à l'essence spirituelle de la lumière.

" Dans l'Ouest, les bois et le ciel sont immenses, déclare-t-elle, on ne peut les rapetisser. " Durant les 18 dernières années de sa vie, Emily Carr traduit dans des centaines de dessins et de toiles l'énergie et la vie qu'elle perçoit dans la nature sauvage qui l'entoure.
Emily Carr
La Bolduc
Paul-Émile Borduas
Stratford
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