Par leur vie et leurs œuvres, Georges Vanier, son épouse Pauline et leur fils Jean ont prouvé que l'engagement individuel peut améliorer la vie de la collectivité.
La famille Vanier compte parmi les exemples les plus remarquables d'engagement et de contribution sociale qu'aura connus le XXe siècle.
Quand la Première Guerre mondiale éclate, en 1914, Georges Vanier est un jeune avocat montréalais. En lisant dans les journaux les comptes rendus des événements qui se déroulent en Europe, il ressent une profonde compassion et un vif désir de remédier, autant que faire se peut, aux atrocités commises. Délaissant la pratique du droit, il participe à la mise sur pied de la premiére unité de volontaires canadiens-français, le Royal 22e Régiment, connu alors sous le nom de 22e Bataillon. Il demeure au sein du célébre " 22e " à titre d'officier jusqu'à ce que, blessé au combat, il perde une jambe. En reconnaissance de ses services exceptionnels, on lui décerne la Croix militaire et l'Ordre du service distingué.
Peu aprés son retour au Canada, Georges rencontre une grande et belle jeune femme qu'il épousera peu aprés. Depuis son enfance, Pauline Archer réve de se vouer à de grandes causes. Elle renonce à devenir religieuse et décide plutôt de consacrer sa vie aux oeuvres humanitaires.
Aprés la guerre, Georges devient diplomate. Il représente le Canada au sein de la Société des Nations (devenue les Nations Unies), à Londres, ainsi qu'à diverses conférences internationales. En 1939, il est nommé ministre plénipotentiaire du Canada en France, à l'époque oé une nouvelle guerre se prépare en Europe. Quand les Allemands marchent sur Paris, les Vanier se rendent à Londres, où ils viennent en aide aux milliers de réfugiés européens. Pauline offre ses services à la Croix-Rouge et commence à visiter des hôpitaux. " Tous les jours, je sautais dans un véhicule de l'armée... je faisais le tour des hôpitaux qui accueillaient les blessés franéais. Je pouvais me rendre utile, particuliérement auprés de ceux qui ne parlaient pas l'anglais, car il était rare que le personnel des hôpitaux parle le français. "
En 1941, les Vanier reviennent au Canada, cherchant à convaincre leurs concitoyens de la gravité de la situation en Europe et à les persuader de participer à l'effort de guerre. Georges donne des conférences sur les souffrances des réfugiés et des autres victimes de l'horreur nazie. L'expérience se révéle frustrante pour les Vanier, qui se heurtent à un mur d'indifférence, parfois méme d'hostilité. Comme le confia plus tard Pauline : " Nous avions survécu à tant de choses pour constater, à notre retour, que le Canada était si loin de l'Europe que beaucoup de Canadiens ne pouvaient s'imaginer l'ampleur des événements qui se déroulaient là-bas - la cruauté et les souffrances engendrées par la guerre, les atrocités commises par les Allemands, les risques courus par les réfugiés, la destruction impitoyable de Londres. Tout cela semblait trop éloigné pour être vrai. "
À cette époque, de nombreux Canadiens, comme leurs voisins américains, ne voulaient pas que leur pays s'immisce dans le conflit européen. Ils n'estimaient pas qu'il était de leur devoir de racheter les erreurs d'autres pays en offrant un havre aux victimes de la guerre. Le Canada lui-méme se remettait péniblement de la grande crise de 1929 ; les Canadiens craignaient que la diminution des obstacles à l'immigration, qui avaient été imposés durant les années 1930, ne nuise au marché du travail, déjà très précaire. Derriére ces arguments à caractère économique se profilait le spectre de l'antisémitisme, qui sévissait aussi de notre côté de l'Atlantique. Des milliers de juifs européens qui avaient échappé aux nazis demandérent l'asile au Canada, mais celui-ci fit la sourde oreille.
En 1940, Georges Vanier écrivit au premier ministre canadien Mackenzie King, lui soulignant que le Canada avait " une merveilleuse occasion de se montrer généreux et de gagner au change ". Malgré les pressions qu'ils tentérent d'exercer sur le gouvernement et sur divers groupes au Canada, les Vanier furent incapables pendant les années de guerre d'infléchir la politique canadienne en matière d'immigration et d'accueil des réfugiés.
En avril 1945, Georges Vanier se joignit à un groupe d'élus américains pour visiter, une semaine après sa libération, le " camp de la mort " de Buchenwald. Saisi par l'horreur dont il avait été témoin, il fit un reportage radio émouvant sur les ondes de Radio-Canada, exprimant sa honte de n'avoir rien fait. " Nous avons été insensibles ", confessa-t-il, des larmes dans la voix, " à la cruauté et aux cris de douleur qui parvenaient à nos oreilles, sombres précurseurs de la torture et du génocide à venir. " La honte qu'avait ressentie Georges Vanier, tous les Canadiens l'auront dorénavant en partage. C'est là un triste chapitre de l'histoire de l'immigration canadienne.
De retour à Paris aprés la libération de la France, Georges Vanier continua d'intercéder auprès du gouvernement d'Ottawa pour qu'il ouvre ses frontières aux nombreux réfugiés nécessiteux qui se présentaient à l'ambassade canadienne. Pauline Vanier organisa des services d'accueil dans les gares. " Nous accueillions les réfugiés en leur offrant à boire et à manger, en leur donnant des vêtements et des trousses de survie ; nous tentions de joindre leurs familles, leurs amis ou quiconque pouvait les héberger. Nombreux étaient ceux, toutefois, qui n'avaient aucune idée si leurs proches avaient survécu. Pour ces gens, nous avons organisé des abris temporaires. Nous les avons pris en photo pour ensuite poser ces images le long des murs qui longeaient la gare, dans l'espoir qu'un ami ou qu'un parent reconnaisse quelqu'un dont ils avaient perdu la trace. "
Durant les années d'après-guerre, les souffrances de plus d'un million de personnes " déplacées " en Europe suscitérent la sympathie de nombreux Canadiens. Les Vanier ainsi que d'autres défenseurs de l'humanisation de la politique en matière d'immigration continuérent de faire campagne et, graduellement, le gouvernement canadien assouplit sa réglementation. Entre 1947 et 1953, plus de 186 000 réfugiés européens s'établirent au Canada.
Les Vanier quittérent leurs fonctions diplomatiques à Paris en 1953 pour rentrer à Montréal, mais la retraite ne convenait pas à ce couple dynamique. En 1959, Georges Vanier accepta l'offre que lui fit le premier ministre John Diefenbaker et devint le premier gouverneur général canadien-français.
Les années durant lesquelles Georges Vanier occupa ses fonctions furent mouvementées : des problèmes économiques sévissaient partout au pays, des gouvernements minoritaires se succédaient au pouvoir, et le mouvement séparatiste prenait de l'ampleur au Québec. L'intérêt sincère que vouaient Georges et Pauline Vanier aux Canadiens leur valut cependant la faveur populaire. Ils voyagérent aux quatre coins du pays, parlant au nom des pauvres, des jeunes et des familles. Quand Georges Vanier s'éteignit, en 1967, plus de 15 000 messages de sympathie, dont plusieurs rédigés par des enfants, affluèrent à la résidence du gouverneur général. C'est sans doute un jeune garçon qui exprima le mieux le sentiment de deuil des Canadiens lorsqu'au retour de l'école il dit à sa mère : " On a baissé les drapeaux aujourd'hui parce qu'un homme bon est mort. "
Le fils de Georges et de Pauline Vanier, Jean, a poursuivi la tradition spirituelle et humanitaire de la famille en créant " L'Arche ", systéme d'entraide qui vise à intégrer les handicapés mentaux et à les aider à mener une vie riche et productive. Après la mort de son mari, Pauline Vanier a rejoint son fils en France, où elle est devenue grand-mére résidante de L'Arche. Elle s'est éteinte là-bas, en 1991, à l'âge de 93 ans. Aujourd'hui, le mouvement de L'Arche lancé par Jean Vanier s'est répandu en maints endroits du monde, dont le Canada, où ses communautés montrent qu'un idéal d'engagement, d'amour et de compréhension peut changer la qualité de notre vie et des sociétés dans lesquelles nous vivons.











