En 1837 et 1838, des insurrections éclatent dans le Bas-Canada et dans le Haut-Canada. Si les modérés veulent réformer le régime politique, les radicaux, pour leur part, aspirent à transformer profondément la société.
CONTEXTE HISTORIQUEC'est une période difficile sur le plan économique car, au
Bas-Canada, les mauvaises récoltes amènent de nombreux Canadiens français au bord de la famine. La politique de favoritisme du lieutenant-gouverneur
Francis Bond Head du
Haut-Canada à l'endroit du
Family Compact et des immigrants britanniques récemment arrivés irrite les colons d'origine américaine établis depuis longtemps. Les réformistes du Haut-Canada et le
Parti patriote du Bas-Canada sont majoritaires dans leurs assemblées respectives. Les modérés, qui sont majoritaires au sein des deux partis, réclament l'avènement du
gouvernement responsable. Cependant, les radicaux, qui sont minoritaires, demandent l'indépendance des deux colonies et leur remplacement par des
républiques semblables à celles des États-Unis. Ces mouvements s'inscrivent dans un courant international, car dans plusieurs pays des mouvements exigent que le système soit réformé.
RÉSUMÉ DU CONFLITDans le
Haut-Canada, les
insurrections sont dues, entre autres, au mécontentement envers le
Family Compact. Au
Bas-Canada, il existe une lutte entre l'Assemblée dominée par le
Parti patriote dirigé par
Louis-Joseph Papineau et la minorité britannique qui domine le
Conseil exécutif et le Conseil législatif. À l'automne 1837, des troubles éclatent dans les deux colonies. L'insurrection du Haut-Canada, dirigée par
William Lyon MacKenzie, est rapidement écrasée. Dans le Bas-Canada, les troubles sont plus étendus en 1837, mais les patriotes sont également vaincus par les troupes de
John Colborne. La Grande-Bretagne envoie alors
Lord Durham avec comme mandat de trouver une solution. Ce dernier propose d'accorder le
gouvernement responsable et d'unir les deux colonies pour assimiler les Canadiens français. Les troubles se poursuivent de plus belle en 1838. Dans les deux colonies, les rebelles lancent de nombreux raids à partir des États-Unis. Dans les deux cas, les insurrections sont écrasées par des troupes britanniques et des volontaires demeurés loyaux aux autorités britanniques. Mentionnons que l'insurrection de 1838 dans le Haut-Canada sera beaucoup plus importante que celle de 1837. Le rebelles firent de nombreux raids frontaliers à partir des États-Unis. Ajoutons que, influencé par les Américains, Mackenzie proclame la république du Haut-Canada le 13 décembre 1837, alors que
Robert Nelson fait la même chose pour le Bas-Canada le 28 février 1838. L'échec des insurrections discrédite, aux yeux de la population. les radicaux qui prônent la violence au profit des modérés. L'union du Bas et du Haut-Canada sera proclamée en 1840, mais il faudra attendre 1848 avant que le gouvernement britannique accorde le gouvernement responsable.
ConceptsBas-CanadaColonie correspondant au Québec d'aujourd'hui.
Haut-CanadaColonie correspondant à l'Ontario d'aujourd'hui.
Francis Bond HeadAdministrateur colonial, né en Angleterre en 1793. Il fait une carrière militaire dans les Royal Engineers et devient major. Il quitte l'armée en 1825, et il devient superviseur des mines en Amérique du Sud. Il est envoyé comme lieutenant-gouverneur du
Haut-Canada en 1835. Il est bien accueilli par les réformistes et il en nomme quelques uns sur le
Conseil exécutif. Head gouverne cependant sans consulter le Conseil exécutif, et ses membres démissionnent quelques mois plus tard. L'Assemblée, dominée par les réformistes, vote contre lui une motion de censure. Head dissout l'Assemblée et demande la tenue de nouvelles élections. Il s'implique dans les élections et il remporte une victoire éclatante; la majorité des nouveaux députés sont des conservateurs qui l'appuient. Il dirige ensuite ses attaques contre les réformistes qui se sont opposés à lui. De fait, il perd le support des réformiste modérés, et fait le jeu des extrémistes qui se regroupent sous la direction de
William Lyon MacKenzie. Il ne peut être directement tenu responsable de
l'insurrection dans le Haut-Canada. Cependant certaines de ses décisions, dont celle d'envoyer toutes les troupes britanniques du Haut-Canada pour réprimer l'insurrection dans le Bas-Canada n'ont pas aidé. Il est révoqué en 1838, et n'exerce plus de charge publique. Il meurt en 1875.
Family CompactPetit groupe de fonctionnaires dans le
Haut-Canada qui domine le
Conseil exécutif, le conseil législatif et l'administration publique. Ils sont unis par les liens familiaux, le favoritisme et une même vision politique. Ils souhaitent un développement marqué par la loyauté face à la Grande-Bretagne et l'hostilité envers les États-Unis.
Parti patrioteMajoritaire à l'Assemblée, il incarne le
nationalisme canadien-français de l'époque. On retrouve quand même dans ses rangs une minorité d'anglophones. Le parti réclame l'avènement du
gouvernement responsable.
RépubliqueForme de gouvernement dont le pouvoir n'est pas détenu pas une seule personne, et dans lequel le chef de l'État n'est pas un monarque héréditaire, mais un président élu.
Régime seigneurialMode d'occupation et de division des terres implanté en Nouvelle-France en 1627. Le seigneur concède des terres à des personnes appelées censitaires. Ces dernières doivent remettre à leurs seigneurs des redevances (paiement en produits agricoles ou en argent).
Gouvernement responsableLes membre du
Conseil exécutif doivent être choisis parmi le parti majoritaire à l'Assemblée. Ensuite pour se maintenir au pouvoir, un gouvernement doit toujours obtenir l'appui de la majorité des députés.
Conseil exécutifComité qui applique les lois. À l'origine ses membres sont nommés et dirigés par le gouverneur et il peut prendre des décisions contraires à l'opinion de la majorité des députés de l'Assemblée.
RépubliqueForme de gouvernement dont le pouvoir n'est pas détenu pas une seule personne, et dans lequel le chef de l'État n'est pas un monarque héréditaire, mais un président élu.
AmnistieActe légal prescrivant l'oubli officiel d'une infraction et qui annule les condamnations.
CommonwealthAssociation souple et volontaire de la Grande-Bretagne, créée vers 1917, qui regroupe la plupart de ses anciennes colonies. Chaque État est souverain et peut orienter sa politique extérieure comme il l'entend.
Louis-Joseph PapineauChef patriote, avocat, seigneur. Élu pour la première fois en 1809, il devient progressivement le chef du
Parti patriote. Il participe à la guerre de 1812 contre les Américains, en tant que capitaine. C'est au départ un réformateur modéré, mais il durcit ses positions. En 1834, il est un des signataires des 92 Résolutions qui demandent l'avènement du
gouvernement responsable. Dépassé par l'escalade de la violence, il s'enfuit aux États-Unis lorsqu'un mandat d'arrestation est émis contre lui. Il joue un rôle très effacé lors des troubles de 1837-1838. Étant lui-même seigneur, il refuse de s'associer, en 1838, à une déclaration d'indépendance qui promet d'abolir le
régime seigneurial. Il revient des États-Unis, en 1845, lorsqu'une
amnistie est proclamée. Il est élu comme député à l'Assemblée du Canada-Uni en 1848. Il n'a cependant plus le même leadership qu'il avait avant 1837, et il doit céder sa place à Louis-Hippolyte Lafontaine. Refusant de ne pas être parmi les têtes dirigeantes, il se retire sur sa seigneurie. Il proteste contre la décision d'abolir le
régime seigneurial, en 1854. Il prône un nationalisme conservateur qui s'appuie sur le clergé et le régime seigneurial. Il doit affronter les éléments plus radicaux du Parti patriote qui souhaitent une révolution sociale et économique comme l'abolition du régime seigneurial, et la diminution du rôle de l'Église. Personnage complexe et controversé, il domine la vie politique au Bas-Canada durant le premier tiers du 19e siècle.
Robert NelsonChef patriote, médecin. Bien que ce soit un anglophone, il fait partie des têtes dirigeantes du
Parti patriote et il est député à l'Assemblée, de 1827 à 1838. Il ne participe pas à la première
insurrection en 1837, mais il est tout de même emprisonné comme suspect puis libéré faute de preuves. Il s'enfuit alors aux États-Unis pour continuer la lutte. Appartenant à la frange radicale du Parti patriote, il soutient la lutte armée et met sur pied des groupes armés secrets, les Frères chasseurs, dont plusieurs sont disséminés sur la rive-sud de Montréal. Il se proclame, en février 1838, président de la
république du
Bas-Canada, et il annonce l'abolition du
régime seigneurial. Il dirige la deuxième insurrection en novembre 1838, mais son invasion des États-Unis est rapidement écrasée à Lacolle et Odeltown par des volontaires. Il se réfugie alors au Vermont, où il retourne à la pratique de la médecine. Il ne revient jamais au Canada malgré une
amnistie proclamée en sa faveur en 1845. Robert Nelson représente la tendance radicale du mouvement patriote qui veut une révolution sociale et économique. Inspiré par la révolution américaine et les mouvements révolutionnaires qui avaient lieu à la même époque en Europe, il réclame, entre autres, l'abolition du régime seigneurial, la séparation de l'Église et de l'État, le statut de république pour le Bas-Canada et l'égalité entre les Autochtones, les Anglophones et les Francophones.
Lord DurhamHomme politique et diplomate. Il est nommé en février 1838 gouverneur général pour succéder à
John Colborne, gouverneur intérimaire depuis la démission de Lord Gosford. Arrivé en mai 1838, il est chargé d'étudier les causes des troubles et de proposer des solutions. Dans le but d'apaiser les tensions, il proclame, sur l'avis de Colborne, une amnistie aux patriotes de 1837, et en fait exiler quelques autres sans tenir de procès. Cette mesure est illégale et les protestations des anglophones sont telles, que le gouvernement britannique désavoue ses mesures. Furieux, Lord Durham remet sa démission,en novembre 1838, et il est remplacé par Colborne. Il a néanmoins le temps d'étudier suffisamment la situation pour présenter un rapport. Il propose l'union du
Haut-Canada et du
Bas-Canada afin de favoriser l'intégration des Canadiens par leur assimilation à la culture anglaise. Il demande également une meilleure intégration du Canada dans l'Empire britannique, et l'instauration du
gouvernement responsable. Pour améliorer l'économie canadienne, il propose de développer le commerce. Il est considéré par certains comme un des fondateurs du
Commonwealth.
John ColborneMilitaire et homme politique. Vétéran des guerres napoléoniennes, il est le lieutenant-gouverneur du Haut-Canada, de 1828 à 1836, puis il est nommé commandant des forces britanniques au Canada. Il devient le véritable gouverneur général en 1838, lorsque Lord Gosford démissionne de ce poste. Il institue alors un régime militaire et gouverne à l'aide d'un conseil spécial de 22 membres . Il dirige personnellement les forces britanniques, lors des Troubles de 1837-1838. Colborne est surnommé le " vieux brûlot " lorsque des troupes britanniques et des volontaires incendient de nombreux villages. Il est rappelé en Grande-Bretagne en 1839, et il termine sa carrière militaire comme commandant des forces britanniques en Irlande. Il s'oppose au projet de
Lord Durham d'unir le
Haut-Canada et le
Bas-Canada. La crainte des Canadiens d'être assimilés ne fait que rendre la situation encore plus explosive, selon lui. Il refuse aussi que le gouvernement britannique accorde le
gouvernement responsable, car il ne veut pas laisser la moindre autonomie à une colonie. Homme d'une grande discipline, il est un des plus grand généraux britanniques de son temps. Sa vision des Canadiens fait l'objet de divergences au sein de la communauté historienne. Dur et cruel pour certains, il a fait preuve de clémence pour d'autres en demandant à Durham d'amnistier les patriotes de 1837 et en ne faisant pendre que 12 des 99 condamnés à mort après
l'insurrection de 1838.
William Lyon MacKenzieHomme politique, né en Écosse, en 1795. Il arrive au
Haut-Canada en 1820. En 1824, il publie le premier numéro de son journal le Colonial Advocate qui soutient les idées des réformistes. Dans son style direct et enflammé, il dénonce le
Family Compact, ce qui lui vaut une grande popularité. Il se présente aux élections en 1828, et il est élu député à l'Assemblée. Il est souvent expulsé de l'Assemblée pour ses attaques verbales, mais ses électeurs continuent de le réélire. Défait aux élections de 1836, il décide, le 6 décembre 1837, de conduire une expédition armée vers Toronto. Mal dirigée, cette troupe est facilement mise en fuite par quelques gardes loyalistes. Mackenzie s'enfuit alors aux États-Unis, où il prépare une nouvelle attaque qui est également repoussée par la milice canadienne. Il part en exil aux États-Unis pendant 10 ans. Ayant obtenu le pardon du gouvernement, il revient en 1849, et se fait élire comme député. Il meurt en 1861.
NationalismeMouvement politique revendiquant pour un peuple les outils (lois, organismes, etc) nécessaires pour contrôler son avenir social, économique et politique.
InsurrectionSoulèvement qui vise à renverser le pouvoir établi.