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15 Minutes of Fame
Extra!
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E l arrive à l'occasion qu'un joueur de deuxième ordre quitte le banc et joue la partie de sa vie. Voilà précisément ce qui est arrivé à Roy Alvin "Red" Storey des Argonauts de Toronto pendant la partie de la Coupe Grey en 1938.

Red Storey était un athlète multidisciplinaire qu'on pourrait qualifier de moyen. Il avait joué au football pour les Argonauts pendant quelques années, au baseball pour les Royaux de Montréal, au hockey pour deux équipes américaines. Il avait été invité à une séance d'essais pour une équipe de baseball des ligues majeures et avait même compté douze buts pendant une partie de crosse. Mais quelle que soit la discipline, il n'avait jamais connu de partie comme la finale de la Coupe Grey contre les Blue Bombers de Winnipeg le 12 décembre,1938.

Ce jour-là, Storey, un demi porteur du ballon, avait réchauffé le banc toute la partie. Au début du quatrième quart, Winnipeg menait sept à six et contrait tous les efforts des joueurs étoiles de Toronto, y compris Annis et Bill Stukus, Art West et Bob Isbister. C'est alors que Storey a sauté dans la mêlée. Pendant les 15 prochaines minutes, il a joué comme un homme possédé et a transporté toute l'équipe avec lui !

À l'époque, les équipes des provinces de l'Ouest partaient souvent perdantes contre les équipes de l'Est dans la lutte est-ouest pour la Coupe Grey, et elles devaient souvent « importer » des joueurs américains pour affronter les équipes universitaires bien nanties de l'Est. Le style de jeu des équipes de l'Ouest était forcément plus américain, avec davantage de jeux de passe et des blocages plus nets que les jeux plus tape-à-l'œil inspirés du rugby que préféraient les équipes de l'Est. Ce jour-là, Storey a ébloui les Blue Bombers, jusqu'à leur faire perdre tous leurs moyens.

Lors du premier jeu du quatrième quart, le demi-arrière des Argonauts, Bob Isbister, fait une passe de 15 verges à Annis Stukus. Le jeu suivant, Storey attrape le ballon et court vers la droite. Flanqué de joueurs adverses, Storey revient soudainement sur ses pas et fonce vers le centre du terrain. Il réussit à déjouer cinq plaqueurs et court 28 verges pour le touché - qui ne vaut que 5 points à l'époque. Stukus réussi le botté et Toronto prend les devants, menant 12 à 7. C'est tout ce dont les Argos ont besoin pour gagner, mais Storey n'a nullement l'intention de se rasseoir.

Les jeux suivants, Storey joue autant à la défensive qu'à l'offensive. Il intercepte une passe de Winnipeg et ramène le ballon à la ligne de 6 verges, tricotant entre les défenseurs des Blue Bombers ébranlés. Quelques jeux plus tard, Storey se rue sur la ligne des buts pour son deuxième touché.

Les Bombers, désespérés, se rabattent sur des jeux de passe pour essayer de regagner du terrain. Se rapprochant de la ligne des buts de Toronto, le quart-arrière de Winnipeg fait une passe dans le coin de la zone du but. Mais le défenseur Bob Isbister intercepte le ballon au vol et commence à le ramener. Renversé par un plaqueur, Isbister a tout juste le temps de passer le ballon à Storey, qui se précipite le long de la ligne de côté et court 100 verges avant qu'un joueur des Blue Bombers ne le plaque, à la ligne des 5 verges. Ce n'est que partie remise puisque Toronto compte lors du jeu suivant.

Un peu plus tard, Storey fait une ultime poussée de 9 verges au centre du terrain pour compter un dernier touché, obtenant ainsi 15 points pour le dernier quart de la partie. Avant que Storey ne quitte le banc, les Argonauts perdaient 6 à 7. Ils ont remporté la partie 30 à 7. Menés par Storey, les Argos ont franchi plus de verges pendant le dernier quart que Winnipeg pendant toute la partie, et en comptant les interceptions, Storey a abattu à lui seul 190 verges !


Évidemment, c'est sur les épaules de ses coéquipiers en liesse que Red a quitté le terrain. Mais c'est sans tambours ni trompettes que le joueur de second rang, sous payé et sous-estimé, est rentré chez lui... en faisant de l'autostop.

Il y a eu d'autres grands joueurs de football originaires du Canada, comme Russ Jackson et Norm Kwong, ainsi que d'excellents joueurs recrutés aux États-Unis, dont Jackie Parker et Doug Flutey, qui ont électrisé le sport à leur façon. Et pendant quinze minutes, Red Storey a été un athlète remarquable au même titre que tous les autres grands de ce sport. Malheureusement, il n'a jamais joué une autre partie aussi mémorable que celle de la Coupe Grey de 1938.










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e gouverneur général du Canada, Earl Grey, était amateur de football, ce qui, à l'époque, pouvait signifier qu'il aimait soit le soccer, soit le rugby ! En effet, le jeu de l'heure au Canada était un genre de rugby modifié, de sorte que lorsque la première Coupe Grey a été offerte en 1909, c'était pour couronner le Championnat de football-rugby amateur du Canada.

Mais le football-rugby qu'on jouait à ce moment au Canada était déjà en proie à une évolution qui prêtait à confusion. Au début des années 1870, on voyait habituellement des équipes de 15 hommes chacune s'affronter au football-rugby. En 1874, l'Université Harvard aux États-Unis invita l'Université McGill à venir disputer deux parties de football. Comme il lui manquait des joueurs, McGill se présenta avec 11 joueurs seulement. Les équipes se sont affrontées en jouant une première partie selon les règles de Harvard - c'est-à-dire, en jouant au soccer - et une seconde partie selon les règles de McGill - c'est-à-dire, en jouant au rugby. Les joueurs de Harvard ont beaucoup aimé le jeu de rugby à 11 joueurs que McGill leur avait fait découvrir. Suite à cette visite de leurs amis canadiens, le football américain opposant deux équipes de 11 joueurs a commencé à se développer. Au fil des ans, ceci aura des répercussions sur le football canadien.

De ce côté de la frontière, le rugby évoluait peu à peu pour devenir plus intéressant pour les spectateurs. En 1902, la « Ontario Rugby Football Union » a adopté un système de retrait, des équipes de 12 joueurs, et le règlement selon lequel une équipe devait gagner 10 verges en trois essais ou céder le ballon à l'adversaire. Plusieurs des changements adoptés plus tard l'ont été à la demande d'entraîneurs américains recrutés pour disputer les compétitions de plus en plus chaudes entres les clubs universitaires et les clubs locaux comme les Argonauts de Toronto, les Tigers de Hamilton et les Sénateurs d'Ottawa.

Durant les années '30, quand les amateurs étaient encore maîtres du sport, de petites villes comme Sarnia pouvaient si elles le voulaient affronter les équipes des grandes villes : Sarnia a d'ailleurs remporté la Coupe Grey en 1934 et en 1936. Mais les grandes villes avaient les ressources financières nécessaires pour recruter davantage de vedettes du football collégial américain. Et lorsque la passe avant a été permise, le style américain - et les quart-arrières américains - ont commencé à dicter le style du sport.

C'est pendant la Deuxième Guerre mondiale que la Coupe Grey a été disputée pour la dernière fois entre amateurs. En 1942, les Hurricanes de l'Aviation royale du Canada (ARC) à Toronto l'ont remporté 8 à 5 sur les Bombers de l'ARC à Winnipeg. Des années plus tard, lors d'une réunion d'anciens, un joueur s'est remémoré que sa rémunération pour la partie avait été de « 15 $, 4,4 k (2 lb) de beurre et 2,2 k (1 lb) de thé. »

Après la guerre, le football canadien a poursuivi sa route vers le statut de sport professionnel, atteignant en chemin le sommet de sa popularité. Une partie de l'attrait du sport venait de la grande compétition entourant la Coupe Grey. En effet, lorsque des partisans de Calgary entraient à cheval et en charrette dans le hall du Royal York Hotel, au centre-ville de Toronto, les Canadiens des provinces de l'Est comme de l'Ouest s'entendaient pour dire que la « Fièvre de la Coupe Grey » avait atteint un nouveau sommet. Des années de rivalité est-ouest et de support local déchaîné ont suivi.

Le football professionnel s'est vraiment implanté au Canada quand la Ligue canadienne de football a été fondée dans les années 1950, en réaction à la popularité de la Ligue nationale de football aux États-Unis. Les ligues se sont mises à se disputer l'attention des téléspectateurs, et les équipes canadiennes à utiliser de plus en plus de joueurs et de stratégies américaines. C'est ainsi que le quart-arrière Russ Jackson était considéré un « objet rare » quand il a mené son équipe à la victoire de la Coupe Grey à la fin des années 1960 : il était canadien... Par la suite, la LCF a perdu des équipes, formé puis démantelé des franchises aux États-Unis, et lutté pour survivre. Mais pour de nombreux amateurs de football, les règles canadiennes, qui favorisent les jeux offensifs à grand déploiement et les jeux imprévisibles, offrent toujours le meilleur spectacle. Comparativement au cirque médiatique du Superbowl américain, la finale de la Coupe Grey, toujours si chaudement disputée, semble corroborer cette affirmation.

Pendant ce temps, les sports qui ont donné lieu à la création du football canadien, soit le soccer et le rugby, connaissent aujourd'hui un regain de popularité. Le soccer, depuis toujours le sport favori dans plusieurs des communautés ethniques qui se sont épanouies au Canada après la guerre, a remplacé le hockey comme sport d'équipe de prédilection des jeunes Canadiens - garçons et filles. Ces dernières années, le soccer professionnel a aussi commencé à s'enraciner au Canada et aux États-Unis. Le rugby, quant à lui, conserve toujours ses irréductibles amateurs, particulièrement sur les campus universitaires.