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ercy Williams ne pesait que 57 k (125 lb). Il avait le coeur malade, séquelle d'une fièvre rhumatismale aiguë, et ne tenait pas vraiment à être un athlète. Mais malgré tout, Percy Williams a joué un rôle de premier plan dans un des grands moments de l'histoire de l'athlétisme au Canada. De plus, il est un exemple parfait de l'influence que peut avoir un bon entraîneur sur la carrière d'un athlète.
Percy Williams (1908- ) a commencé à courir quand il était encore étudiant à l'école secondaire, à Vancouver. Il a participé à quelques courses pour s'amuser,
sans vraiment faire d'effort pour gagner. Mais ses performances ont attiré l'attention de quelques mordus de course à pied, qui ont organisé une course opposant Williams et le champion en sprint de Vancouver, Wally Scott, en 1926. L'entraîneur de Scott, l'inlassable Bob Grander, a été complètement ébahi de
l'issue de la course. Williams, maigrichon, courant maladroitement avec les bras le long du corps et « violant tous les principes connus de la course », a franchi la ligne d'arrivée exactement au même moment que Scott.
Granger venait de se trouver un nouveau protégé et il a commencé à travailler avec Williams avec une sorte d'obsession. Granger avait des méthodes d'entraînement pour le moins particulières. Il voulait à tout prix conserver
l'énergie de Williams, au lieu d'augmenter sa force physique. Pendant que les autres athlètes réchauffaient leurs muscles sur la piste avant une course, Williams réchauffait les siens couché sur une table sous une pile de couvertures ! S'il faisait froid, Granger enduisait son protégé de beurre de coco et le faisait porter quatre paires de pantalons et quatre chandails pour conserver sa chaleur corporelle. Pour lui enseigner les techniques de départ et les mouvements de bras, Granger demandait à d'autres athlètes de lui faire des démonstrations. Williams observait attentivement, puis répétait les mouvements... devant un miroir.
Aussi étrange fut-il, cet entraînement porta fruit. Williams se mit à remporter course après course, et à partager le fol espoir de son entraîneur : Percy Williams serait un champion olympique. Lors des épreuves de qualification de la Colombie-Britannique en vue des Jeux olympiques de 1928, Williams a égalé le record olympique de 10,6 secondes au 100 mètres. Malgré cet exploit, il est demeuré un parfait inconnu dans l'Est jusqu'aux essais nationaux, qui ont eu lieu à Hamilton quelques semaines plus tard. Là, Williams a remporté le 100 mètres et le 200 mètres, devenant sur le coup une vedette nationale.
Il se retrouva bientôt en route vers Amsterdam, pour les Jeux Olympiques de 1928. Comme le Comité olympique de l'époque ne payait pas pour les déplacements des entraîneurs, la mère de Williams et quelques-uns de ses amis ont recueilli en vitesse quelques centaines de dollars pour permettre à Granger de se rendre, par navire de charge, en Europe. Granger arriva trois jours après Williams.
Le petit Percy Williams passa inaperçu parmi les concurrents bien connus du 100 mètres, mais il réussit les essais et se qualifia pour la finale. À l'étonnement de tous - sauf lui et son entraîneur - Williams prit la tête dès le départ et conserva
son avance jusqu'à la toute fin, remportant la course en dépit des vaillants efforts des favoris, les champions britanniques et américains. La foule fut enchantée et applaudit Williams à la volée.
Le lendemain, Williams affronta un nouveau groupe d'adversaires lors des essais
pour le 200 mètres. Encore une fois, il réussit les épreuves de qualification, préférant même terminer en deuxième place dans une des courses pour préserver sa force en vue de la finale, à laquelle participerait le puissant sprinter
allemand, Helmut Koernig. Cette fois encore, Granger sut bien conseiller son
protégé : il recommanda à Williams de laisser Koernig mener la course. Pendant les premiers trois-quarts de la course, Williams suivit l'Allemand, puis, en sortant du virage, le Canadien donna une ultime poussée pour se propulser sur la ligne d'arrivée et remporter la course d'un mètre. Dans le stade, les spectateurs se levèrent en bloc pour applaudir ce jeune homme d'apparence frêle qui était venu de nulle part pour remporter une des épreuves les plus en vue aux Jeux Olympiques.
Les photographies de la fin des courses de 100 et de 200 mètres aux Jeux
olympiques sont des images classiques d'un athlète déployant tous les efforts possibles pour atteindre la victoire. Williams ne connaîtrait plus jamais un tel succès en piste. Une blessure à la jambe en 1930 mit un terme à sa carrière en athlétisme. Mais il avait mérité sa place dans l'histoire des sports canadiens et
cet homme modeste, qui n'avait jamais vraiment eu l'intention de devenir un
athlète de calibre mondial, passa à d'autres choses. Des années plus tard, il se remémora sa retraite de la compétition en disant : « Ah, ce que j'étais content
de laisser tout ça derrière moi ! »
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ous les quatre ans, les yeux du monde entier sont rivés sur les athlètes qui s'affrontent aux épreuves d'athlétisme aux Jeux olympiques, avivant du coup notre fierté - et notre anxiété - nationale ! Tout comme la joie débordante de Donovan Bailey a rejailli sur le pays en entier lors de ses victoires
époustouflantes en 1996, une sorte de honte collective a été ressentie par les Canadiens lorsque Ben Johnson a dû rendre la médaille qu'il avait remportée en 1988. Les hauts et les bas ont toujours caractérisé l'histoire de l'athlétisme au Canada - ou les disciplines de « piste et pelouse », comme on les appelait autrefois.
Bien avant la création des Jeux olympiques modernes, les épreuves d'athlétisme, comme toute autre forme de compétition amicale, avaient lieu lors des fêtes et des rassemblements organisés au printemps et à l'été par les policiers, les
pompiers et divers autres groupes et organismes locaux, et qui étaient au centre de la vie sociale du 19e siècle. Cette tradition a vu naître des athlètes itinérants - les coureurs les plus rapides, les hommes forts, etc. - qui se sont mis à sillonner
le pays, défiant les favoris locaux et organisant des démonstrations de leurs prouesses. Les promoteurs du temps imaginaient aussi des épreuves étranges, comme les très populaires concours de marche, pendant lesquels des hommes et des femmes s'affrontaient pour déterminer qui pouvait parcourir la plus grande distance en 1000 heures ou en six jours, selon le cas. Il y avait aussi d'innombrables concours : concours pour les gros hommes, pour les hommes de plus de 50 ans, pour les unijambistes - bref, n'importe quel concours susceptible d'attirer des foules et des parieurs...
Le mouvement olympique, mené par le Baron Pierre de Coubertin, était axé sur un nouvel idéal du sport amateur, un idéal qui s'opposait au sport professionnel en préconisant que la compétition ne devrait exister que pour l'amour du sport, plutôt que pour les intérêts pécuniaires. Bien que cet idéal ait toujours été une sorte de fantaisie promulguée par les membres de la classe supérieure, il a servi
à distinguer l'athlétisme des sports d'équipe professionnels qui sont devenus si populaires au 20e siècle.
Certains athlètes canadiens sont devenus célèbres en remportant diverses épreuves d'athlétisme au niveau amateur (ou quasi-amateur). Le petit Billy Sherring, qui ne pesait que 44,5 k (98 lb), a remporté le marathon lors des Jeux olympiques non-officiels d'Athènes en 1906. Plus célèbre encore, le grand
coureur Onondaga, Tom Longboat, qui est devenu une idole nationale en
remportant le marathon de Boston en temps record en 1907. Longboat, un
coureur exceptionnel, a battu tous ses concurrents jusqu'à ce que l'avarice de son gérant, un mauvais entraînement et sa propre incapacité à vivre sous les feux de la rampe le rattrapent. D'autres marathoniens canadiens ont suivi, y compris John Miles, qui a remporté le marathon de Boston deux fois, et Gérard
Côté, qui a gagné cette épreuve à quatre reprises.
Les Jeux olympiques de 1928 ont été un point tournant dans l'athlétisme canadien. En plus des médailles d'or de Percy Williams au 100 et au 200 mètres, Ethel Catherwood, de Saskatoon, a gagné l'épreuve du saut en hauteur, tandis que l'équipe féminine de course à relais composée de Jane Bell, Myrtle Cook, Ethel Smith et Bobbie Rosenfeld a raflé la médaille d'or au relais 4x100 mètres. Rosenfeld et Bell ont aussi remporté les médailles d'argent et de bronze au 100 mètres.
Par la suite, peu d'athlètes canadiens se sont démarqués en athlétisme, sauf de rares exceptions, dont Harry Jerome, qui a établi un nouveau record du monde au 100 mètres, et Bill Cruthers et Bruce Kidd, qui ont eu de brillantes carrières comme coureurs de demi-fond. Mais ce n'est que lorsque Ben Johnson, Donovan Bailey et une nouvelle génération de coureurs de vitesse ont fait leur entrée en piste que les Canadiens ont senti que l'athlétisme faisait vibrer de nouveau leur fierté nationale.
Cependant, juger des athlètes
en termes de médailles olympiques ne leur rend pas justice. Des
athlètes persévérants et dévoués à
leur discipline, qu'il s'agisse de course, de saut, de lancer, ou de toute
autre épreuve d'athlétisme, s'entraînent avec un appui
très limité des gouvernements et peu d'espoir de s'enrichir
financièrement de leurs performances. Ces athlètes se consacrent
au sport par amour pour leur discipline et pour la compétition,
essayant de vaincre leurs adversaires et d'améliorer leurs propres
performances, et tendant toujours vers l'idéal du sport amateur.
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