|                  
 
 
|
|

endant que les communautés anglophones du Québec se tournaient vers le cricket, la crosse, la raquette, le curling et le hockey pour se divertir, les francophones, eux, étaient davantage fascinés par les tours de force. Cette mode, qui avait été lancée par Jos Montferrant, le héros de Bytown, atteint son apogée avec Louis Cyr, surnommé « l'homme le plus fort du monde ».
Louis Cyr est né en 1863, l'aîné d'une famille de 17 enfants. Cyr hérita de sa stature non pas de son père, qui était de taille normale, mais bien de sa mère, qui mesurait plus de 1,83 m (6 pi) et pesait près de 123 k (270 lb). Madame Cyr possédait elle aussi une force herculéenne : elle pouvait grimper à l'échelle d'une étable avec un sac de 45,5 k (100 lb) de grain sur chaque épaule. À la naissance, Louis pesait 8 k (18 lb) et était de toute évidence destiné à faire les choses en grand!
Il a quitté l'école à l'âge de 12 ans pour aider à subvenir aux besoins de sa famille. Selon une des histoires à son sujet, un fermier du coin aurait embauché Cyr après qu'il eut retiré seul la carriole du fermier renversée dans un fossé. Lorsqu'il avait 15 ans, Cyr et sa famille sont déménagés à Lowell, au Massachusetts, une petite ville où de nombreuses familles francophones s'étaient
établies. La légende veut que Cyr ait perdu son emploi dans un moulin à scie quand le propriétaire s'est lassé de voir ses employés abandonner leur travail pour regarder les tours de force du jeune Cyr.
Louis a rencontré et épousé celle qui allait devenir sa femme à Lowell, puis est revenu s'établir au Québec. Les Cyr se sont installés à Montréal où Louis a
accepté un poste de policier dans le dur quartier Sainte-Cunégonde. Un soir, Cyr s'est présenté au poste de police, remorquant trois malfaiteurs qui avaient eu la mauvaise idée de résister à leur arrestation. Cyr a empoigné un homme sous
chaque bras, et coincé le troisième comme dans un étau devant lui. C'est chargé de la sorte que Cyr s'est présenté au poste, aucun des trois malfaiteurs ne portant sur le sol. La nouvelle de l'arrestation s'est propagée partout dans la ville
et la réputation de Cyr s'est mise à prendre de l'ampleur.
Bientôt, Cyr commença à faire des tournées au Canada, aux États-Unis et en Europe. Comme la plupart de ses exploits ont été réalisés dans le cadre de compétitions où il s'affrontait à d'autres hommes forts, nul ne peut savoir ce qu'il aurait pu accomplir s'il avait été poussé davantage, mais la liste de ses exploits n'en demeure pas moins fort impressionnante. Sa marque de commerce consistait à soulever avec son dos et ses épaules une plate-forme chargée de poids; en 1888, il a soulevé de cette façon près de 1600 k (3526 lb) de fonte. Mais son tour le plus spectaculaire consistait à choisir les plus gros hommes de l'assistance, puis à les soulever sur une plate-forme. Une fois, à Boston, 18 gros hommes se sont réunis sur la plate-forme de Cyr : ensemble, ils pesaient plus de 1950 k (4300 lb). En 1894, il a soulevé plus de 2069 k (4562 lb) de corpulence masculine de cette façon !
Cyr a déjà soulevé plus de 447 k (987 lb) d'une seule main. Une autre fois, il a soulevé, encore d'une seule main, un baril de sable mouillé pesant 196 k (432 lb), puis l'a mis sur son épaule. À plusieurs reprises, Cyr a soulevé des poids de 250 k (550 lb) à l'aide d'un doigt seulement. Un autre de ses tours de force célèbres consistait à atteler un cheval à chaque main et à empêcher les chevaux d'avancer. Lors d'une démonstration publique à Montréal, il s'est surpassé en retenant quatre chevaux de trait, une paire tirant sur chaque bras, sans broncher.
Au sommet de sa forme Cyr, qui ne mesurait que 1,83 m (moins de 6 pi), pesait
143 k (315 lb). La circonférence de chacune de ses cuisses était plus grande que le tour de taille de bon nombre d'hommes : 84 cm (33 po) tandis que sa poitrine, qui faisait 1,52 m (60 po) au repos, mesurait 18 cm (7 po) de plus une fois gonflée. Ses autres mensurations étaient aussi impressionnantes - taille : 1,19 m (47 po); mollets : 71 cm (28 po); biceps : 57 cm (22,5 po), et ses avant-bras un incroyable 49,5 cm (19,5 po). Un de ses concurrents vaincus, le célèbre August W. Johnson, de Suède, a dit de Cyr : « J'ai conquis des hommes forts aux quatre coins du monde, mais cette fois, j'ai rencontré un éléphant. »
Tous les hommes qui ont osé se mesurer à Louis Cyr ont reconnu sa force physique supérieure, et ce, jusqu'à sa retraite à l'âge de 45 ans. Mais Cyr avait une faiblesse qu'il n'arrivait pas à vaincre: son appétit. Un des biographes de Cyr a estimé qu'il consommait en moyenne 26,4 k (12 lb) de viande par jour. Il a
déjà engouffré un cochon de lait en vingt minutes ! Après s'être retiré des concours de force, il se mit à organiser des concours de gros mangeurs qui étaient de véritables épreuves de force.
Ultimement, il paya de sa vie pour ses excès à la table. En effet, souffrant d'asthme et de problèmes cardiaques, incapable de dormir dans un lit et - à la toute fin - ne s'alimentant plus qu'avec du lait, Louis Cyr est mort en 1912, à l'âge de 49 ans. S'il avait vécu aujourd'hui, alors que l'haltérophilie est réglementée et suivie de près et où les programmes d'entraînement et l'alimentation équilibrée sont préconisés, qui sait quels records « l'homme le plus
fort du monde » aurait pu établir?
|
|
 
 

|
|
es hommes forts - et les femmes fortes - font partie du folklore québécois, et de l'histoire du Canada. La légende et les faits s'entrelacent dans les histoires de Jos Monferrand, de Louis Cyr et de tous ceux et celles qui succédèrent. Hector Décarie a été le dernier concurrent auquel s'est mesuré Louis Cyr dans ce que certains ont appelé un match nul, et au terme duquel Cyr aurait lui-même déclaré Décarie « l'homme le plus fort ».
Au moins une femme, madame Cloutier, a été capable de reproduire certains des exploits de Louis Cyr, notamment celui de retenir deux chevaux de 635 k (1400 lb). Claude Grenache est un autre homme au centre de plusieurs histoires sur la force physique. Dans une de ces anecdotes, on raconte que Grenache était en train de labourer son champ quand un homme s'arrêta sur le chemin pour lui demander des directions. L'homme resta bouche bée en voyant Grenache soulever lentement sa charrue en acier et l'utiliser pour indiquer la bonne direction.
Les tours de force étaient si populaires au Québec qu'en 1907, le quotidien La Presse a attiré près de 200 000 concurrents en organisant un concours pour savoir sur quelle distance une personne pouvait transporter un sac de sel de 91 k (200 lb) sur ses épaules.
Au 19e siècle, les concours de force ne se limitaient pas à la levée de poids. Une des grandes histoires du sport canadien raconte les exploits en lutte à la corde de cinq fermiers de la petite ville ontarienne de Zorra. Après avoir remporté toutes les compétitions organisées dans les foires de la région, ces fermiers ont remporté le titre de champions nord-américains en 1888. Quelques années plus tard, alors que leur moyenne d'âge était de 45 ans, les cinq robustes Canadiens d'origine écossaise n'ont pu résister à l'invitation d'affronter les champions des
États-Unis et d'Europe à l'Exposition internationale de Chicago. En 1893, au terme d'une série de matchs d'une durée de 35 minutes chacun, les « Mighty Men of Zorra » ont été déclarés champions du monde incontestés de lutte à la corde.
La boxe est une autre discipline où la force et l'endurance sont à l'honneur. L'histoire de la boxe au Canada est haute en couleur (certains diraient même sanglante). En 1906, Tommy Burns, de Hanover en Ontario, est devenu le champion du monde des poids lourds en dépit de sa petite taille : il ne mesurait que 1,70 m (5,5 pi) et ne pesait que 73 k (160 lb). Burns était non seulement fort et talentueux, mais il était aussi rusé : il provoquait ses concurrents jusqu'à ce qu'ils commettent de coûteuses erreurs. En 1908, il a finalement perdu son
titre de champion au légendaire Jack Johnson, un des boxeurs les plus célébrés, et controversés, de tous les temps.
Un autre boxeur, Sam Langford, de Weymouth Falls, en Nouvelle-Écosse, aurait pu être champion du monde des poids lourds, si le racisme ne l'avait pas empêché de participer aux combats décisifs. Langford a livré de 250 à 642 combats en carrière (les combats n'étaient pas tous enregistrés à l'époque), dont trois, contre trois boxeurs différents, dans trois arènes différentes, en une seule soirée. Il était souvent forcé de « porter » des boxeurs blancs pendant quelques
rondes pour obtenir des matches contre d'autres concurrents blancs, qu'il
remportait ensuite facilement. Le « champion du monde sans titre » s'est battu pendant 21 ans, montant encore dans l'arène année après année, même après avoir perdu la vue suite à d'innombrables coups à la tête.
Nat Fleischer, l'éditeur de Ring
Magazine pendant de nombreuses années, estime que Langford est
le septième meilleur boxeur poids lourd de tous les temps, et George
Dixon, de Halifax, le meilleur poids coq. Pendant sa carrière de
20 ans, « Little Chocolate » a été premier à
maintes reprises : il fut le premier boxeur à remporter plus de
deux titres, le premier Noir à remporter un championnat mondial,
le premier homme à livrer plus de 30 combats de championnat, et
le premier boxeur des temps modernes à perdre, puis a reprendre
un titre. Comme Langford, Dixon devait se battre souvent. Il a déjà
livré 22 combats en une seule semaine.
|