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Extra!
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n 1954, les organisateurs de l'Exposition nationale canadienne ont invité la meilleure nageuse de longue distance au monde, l'Américaine Florence Chadwick, à traverser les 50 kilomètres d'eau glaciale du Lac Ontario. Pour la récompenser de ses efforts, elle toucherait 10 000 $. Trois nageuses canadiennes, à qui on n'avait pas offert de prix, ont décidé de relever le défi malgré tout. Mais après quelques heures seulement dans les eaux agitées du Lac, Chadwick et deux autres concurrentes ont dû abandonner la course. Une jeune nageuse de 16 ans, Marilyn Bell, qui était passée presque inaperçue, était la seule à poursuivre la traversée.

Des milliers de Canadiens ont passé la nuit debout, rivés à leurs postes de radio et écoutant anxieusement les rapports de la lutte de Marilyn contre les vagues et le vent qui lui faisaient perdre son cap. Après 21 heures consécutives de nage, quand Marilyn, exténuée, a enfin atteint la rive à Toronto, plus de 100 000 personnes l'y attendaient, entassées sur les berges du Lac pour l'acclamer. Des millions d'autres Canadiens ont célébré sa victoire et son exploit d'un océan à l'autre : elle était la première personne de l'histoire - homme ou femme - à traverser le Lac Ontario.

Du jour au lendemain, Marilyn est devenue une vedette internationale. En plus des 10 000 $ promis à la nageuse américaine, elle reçut 40 000 $, une nouvelle Cadillac, des montres, des étoles en vison, deux chinchillas (des vrais!) et... des céréales de petit-déjeuner pour le reste de ses jours!

Mais sa spectaculaire traversée du Lac Ontario ne fut qu'une des nombreuses réalisations de cette Canadienne remarquable. On ne pouvait qu'admirer cette jeune femme polie et sérieuse. Déjà, à seize ans, Marilyn, dont les origines étaient plutôt modestes, avait décidé de vouer sa vie à enseigner la natation aux enfants handicapés. Les Canadiens admiraient son entêtement, son engagement et son courage. Et ses victoires ne furent pas uniquement les siennes : elles devinrent une grande source de fierté nationale.

Suite à ses débuts brillants dans la nage de longue distance, Marilyn a continué à établir de nouveaux records dans différentes épreuves à l'échelle internationale. Puis, à l'âge de 18 ans, elle renonça à ce monde pour se retirer et vivre modestement, loin des feux de la rampe. Pour plusieurs, Marilyn Bell est demeurée l'idole sportive par excellence de son époque.



n était au tournant du siècle et un vent d'optimisme soufflait sur le Canada. La croissance et la prospérité s'étendaient d'un océan à l'autre et on ne se demandait plus : « Le Canada pourra-t-il survivre? » mais bien « Quand la population et la prospérité du Canada cesseront-elles de croître? » C'est dans ce climat de confiance et d'espoir que le Canada a connu son ère de gloire des sports.

Les Canadiens se livraient à toutes sortes de compétitions sportives sur l'eau depuis le début du 19e siècle, mais toujours dans des embarcations, là où les contacts directs avec l'eau étaient très limités. À l'époque, les gens avaient une peur morbide de la mer, ce qui explique pourquoi la natation n'est devenue populaire à titre de sport qu'au début du 20e siècle. Même s'il y avait un club de natation de compétition à la fin du 19e siècle, et même si la natation était de plus en plus acceptée - grâce notamment aux cours de natation dispensés par le YMCA et la Société royale de sauvetage du Canada - l'attitude prédominante est bien exprimée par un article publié en 1835 qui décrit un jeune nageur de Toronto comme « certainement le meilleur flotteur au Canada».

Cette peur généralisée de la nage en mer libre explique aussi la grande popularité de la natation : les gens étaient à la fois terrorisés et excités de voir les participants « conquérir » les vagues déferlantes. Le point tournant de l'histoire des sports nautiques au Canada est venu dans les années 1920 et 30, avec l'arrivée des épreuves de nage de longue distance. Contrairement aux autres athlètes, les nageurs de longue distance n'étaient pas consommés par le désir d'établir de nouveaux records : ils voulaient la gloire... et le prix en argent toujours offert au gagnant ! Chacun y trouvait son compte puisque les spectateurs consentaient volontiers à leur offrir les deux !






S'il y a une qualité qui décrit bien les meilleurs nageurs de longue distance du Canada, c'est incontestablement l'endurance. En effet, cette remarquable endurance a permis aux nageurs de longue distance de voler la vedette aux athlètes olympiques des autres disciplines de courte durée, comme la nage de vitesse, le plongeon et la nage synchronisée.

Toutefois, le Canada a toujours connu beaucoup de succès dans toutes les disciplines aquatiques et est reconnu pour la qualité de ses athlètes depuis l'organisation plus structurée de divers sports nautiques dans les années 1920.

Soixante ans plus tard, en 1984, Sylvie Bernier a été la première athlète féminine du Québec à remporter une médaille d'or olympique, et la première Canadienne récompensée d'une médaille d'or en plongeon aux Jeux Olympiques. Par la suite, Sylvie a aussi remporté des médailles aux Jeux du Commonwealth, aux Jeux mondiaux universitaires et aux Jeux panaméricains.

L'histoire d'un autre sport nautique, la nage synchronisée, a été marquée par un événement qui a soulevé toute une controverse. L'action se déroule aux Jeux Olympiques de 1992. La nageuse québécoise Sylvie Fréchette vient de livrer une performance éblouissante et sans faille - personne ne doute qu'elle remportera la médaille d'or. Mais une des juges enfonce par erreur le mauvais bouton au moment de noter la performance de Sylvie et celle-ci termine en deuxième place. Même si la juge a rapidement avoué son erreur et tenté de la corriger, les rouages politiques et la bureaucratie l'ont emporté et Fréchette est repartie des Jeux avec une médaille d'argent.

La polémique qui a suivi portait sur bien plus qu'une simple médaille. En effet, les priorités des membres de la communauté sportive, la compétence des juges et même la crédibilité de la discipline de la nage synchronisée ont été remises en question. Le Comité olympique canadien en a appelé de la décision des juges au nom de Sylvie et un an plus tard, celle-ci a enfin reçu sa médaille d'or, et le titre rarissime de « médaillée d'or olympique ».